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Conclusion

 

Alors, l’ultra triathlon ? Un sport moderne ? Un sport ancien ? Ni l’un ni l’autre ou les deux à la fois ? On a mis en évidence les nombreux paradoxes, les multiples contradictions qui peuvent nous faire pencher tantôt d’un côté, l’inscrivant dans le courant des sports anciens, tantôt de l’autre en l’assimilant à l’émergence des nouvelles pratiques.

 

Il convient cependant de nuancer cette catégorisation, si elle différencie deux types de pratique, des esprits, des mises en jeu du corps et des modes d’affrontement distincts, il ne faut toutefois pas considérer cette séparation comme systématique et exclusive, elle traduit davantage une tendance d’évolution qu’une rupture instantanée. On ne peut ainsi restreindre schématiquement telle ou telle discipline à un sport strictement moderne ou rigoureusement ancien, chaque pratique présente des caractéristiques de l’un et de l’autre de ces courants.

A. Loret (1995 p313) insiste sur le fait qu’on ne doit pas se limiter à une approche dichotomique opposant culture digitale et culture analogique, mais que cette distinction permet de caractériser l’évolution récente du sport contemporain, les processus de transformation à l’œuvre conférant à toute pratique, tout comportement sportif des aspects « progressifs » et « régressifs », l’amenant à fluctuer entre sport moderne et sport ancien.

 

L’ultra triathlon correspondrait en fait à ce que Michèle Métoudi décrit comme « de nouveaux usages pour les sports d’hier », non pas de nouvelles pratiques, mais de nouvelles façons de pratiquer. Si le triathlon, comme le montre Didier Bertrand[1] (1986) s’inscrit aux antipodes des nouvelles pratiques qui utilisent les énergies douces, composent avec les éléments naturels, il rentre dans le mythe de l’exploit de par la confrontation des individus au risque, dans des épreuves non reconductibles, non aseptisées, valorisant la participation et le dépassement individuel plus que la victoire, et ce mythe est bien un mythe des temps modernes.

A. Loret (1995 p314) reprend une expression du magazine nouvelles sensations nous rappelant que « l’histoire repasse les plats » afin d’illustrer le retour en force de la pratique du télémark dans les stations de ski. A défaut de ne pouvoir inventer continuellement des pratiques nouvelles, certaines activités reviennent régulièrement au goût du jour, prenant, non pas de nouvelles formes, mais répondant à de nouvelles aspirations : en quelque sorte l’art de faire du neuf avec du vieux…

L’ultra triathlon s’intègre donc dans une tendance moderne de développement du sport proposant des nouvelles façons de pratiquer des activités anciennes. Cette remise au goût du jour des pratiques, grâce à une certaine extrémisation, touche d’autres activités telles que les raids aventures et autres défis d’endurance en tout genre. Ce phénomène, relativement récent, apparaît comme un moyen pour les sociétés contemporaines de répondre à certaines de leurs fonctions anthropologiques. Ces épreuves « ordaliques » permettent en effet de donner à l’individu des repères et des limites que la société ne lui fournit plus, de se construire une identité qui ne lui est plus assignée à sa naissance, de créer des liens dans un monde de plus en plus individualiste, de donner du sens à son existence et du goût à la vie en le confrontant à des situations extraordinaires qui lui procurent des sensations intenses.

En s’imposant des contraintes au quotidien l’individu n’est plus désemparé face à la liberté totale dont il jouit aujourd’hui. Et si la pratique facilite l’appréhension de la vie courante, elle fournit également à l’homme moderne la dose de rêve et de danger, le symbolique dont il ne peut se passer.

 



[1] Cité par M. Métoudi p 44

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