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V)            Démarche adoptée

 

1) L’entretien compréhensif (Kaufmann, 1996)

 

La lecture de cet ouvrage m’a apporté une confirmation théorique des démarches entreprises intuitivement. En effet, en me lançant à tâtons sur la piste inconnue que constituait l’élaboration d’un mémoire, j’ai effectué un certain nombre d’actions qui me paraissaient logiques. Tout d’abord, j’ai commencé à glaner, ci et là, le maximum d’informations sur le sujet que j’avais encore beaucoup de mal à cerner. Que ce soit sur internet, qui pour cette collecte se révéla un outil fort utile, ou autour de moi, dans des livres, en discutant…, afin d’emmagasiner le plus de données possibles. Puis peu à peu, ne perdant pas une miette de toutes mes investigations, en notant soigneusement les moindres détails, le sujet pris forme. Des questions émergent, les idées se structurent, apparaît un plan, les parties s’affinent, se modifient de jour en jour, au fur et à mesure de nouvelles lectures, de nouvelles découvertes.

On s’approprie progressivement le sujet, ou plutôt le sujet nous envahie petit à petit, en effet, à tout moment celui-ci peut se manifester, à travers une anecdote, un rapprochement avec une pensée évoquée dans un cadre quelconque. Le sujet est imprévisible, il n’a pas d’heure, pas de lieux pour se manifester et hante constamment la vie. Il peut rester insensible à des heures passées à y réfléchir, tout comme ne pas hésiter à nous réveiller en pleine nuit, pour griffonner sur un morceau de papier une idée s’y rapportant, de peur de l’avoir oubliée le lendemain matin. Un bon nombre de fois, je me suis précipité sur le premier crayon venu afin de noter une remarque, une citation, une idée me traversant l’esprit avant que celle-ci ne disparaisse comme elle était venue. Je me demandais parfois, si cette omnubilation était bien raisonnable, le sujet peut vous trotter dans la tête sans vous lâcher pendant des heures avant on ne sait pourquoi de vous laisser tout à coup tranquille. Le récit de J-C Kaufmann m’a sur ce point rassuré, il montre en effet, par l’intermédiaire d’anecdotes vécues, dans un style très plaisant à lire, comment le chercheur fait peu à peu corps avec son sujet, celui-ci intégrant progressivement sa vie.

Après le temps des investigations et du choix des méthodes employées, vint celui de l’action et des premiers entretiens. Là encore, je m’aventurais en terrain inconnu. Mais l’impatience d’accéder au terrain se faisant de plus en plus pressante à mesure de mes avancées et de mes recherches, je décidais de me lancer un peu à l’aveuglette, me disant que c’était sûrement le meilleur moyen d’apprendre.

Je pris donc rendez vous avec le premier ultra triathlète en envisageant l’entretien plutôt comme une discussion permettant de comprendre l’individu, que comme une vulgaire interrogation rigide. Je partais donc pour des entretiens semi-directifs laissant ainsi une certaine liberté aux échanges. J’avais recensé des grands thèmes à aborder et non des questions toutes faîtes, laissant la place, non pas à l’improvisation, mais au caractère plus spontané, plus naturel d’une discussion.

Un cadre plus rigide pourrait apparaître comme garant d’une objectivité plus grande (et encore, peut-on réellement parler d’objectivisme total, si cher aux méthodes scientifiques, dans les études en sciences humaines ?). Mais en s’efforçant d’effacer le côté humain de l’individu, il serait certainement plus pauvre. J-C Kaufmann dénonce cette volonté de « rationalisation sans raison », des méthodes classiques, qui sous prétexte d’un soi disant objectivisme, d’un prétendu sérieux, ne font que réduire l’étude à un aspect superficiel.

En tout cas, quel bonheur de pouvoir enfin rencontrer des personnes, partager des moments de vie, accéder à leur intimité, ces moments d’échange constituent pour ma part, un aspect essentiel du travail, véritablement enrichissant où l’on se doit d’adopter une position intermédiaire. A la fois chercheur en gardant à l’esprit les théories, le sujet de l’étude, à la fois homme en découvrant d’autres individus, partageant des émotions, se laissant entraîner par nos sentiments.

Il fallut ensuite retranscrire les entretiens, et là, ce fut moins plaisant !!! Les discussions, si brèves, si passionnantes lorsqu’on est face à l’individu deviennent nettement plus longues devant l’écran lorsqu’on les retape sur le clavier d’ordinateur. Mais ne tapant pas très vite, ce fut l’occasion d’apprendre (il faut voir le bon coté des choses)

J’ai lu l’ouvrage de JC Kaufmann après mon premier entretien et me suis aperçu avec étonnement que sa méthode d’étude correspondait à peu près à ce que j’avais effectué jusque là. J’y retrouvais en effet le fil rouge de la recherche que constitue le titre, le plan, les parties et les sous parties en évolution constante, l’affinement progressif de la problématique et du sujet d’étude. Les conseils concernant les entretiens rejoignaient l’idée que j’en avais, bref, ce livre m’a conforté dans mes démarches, fournissant un réel support méthodologique à mon travail en se basant sur une conception particulière de la recherche à laquelle j’adhérais.

Il m’a permis d’affiner ma méthode d’entretien pour les suivants, mais m’a surtout aidé pour leur analyse. J’ai repris son fonctionnement par fiche en classant les informations contenues dans les entretiens par thème, relevant les idées récurrentes, les termes surprenants et les paradoxes des propos tenus par les individus.

Ce système permet non seulement de clarifier les données mais on peut facilement recouper les informations des différents entretiens, celles-ci venant illustrer, confirmer nos hypothèses ou au contraire s’y opposer, les réfuter et conduisent progressivement à l’élaboration d’un plan définitif.

En plus des entretiens, réalisés auprès de quatre ultra triathlètes, cette étude se base également sur l’analyse de statistiques de participation réalisées par un athlète allemand (jointes en annexe 5), sur des données officielles (règlement, calendrier, résultats…) disponibles sur le site de l’IUTA et sur des informations recueillies à l’aide d’internet auprès d’ultra triathlètes.

 

 

2) Position sociologique

 

Cette étude se place dans une approche interactionniste, cherchant à appréhender les faits sociaux dans leur globalité afin d’essayer de les comprendre. (J. Corneloup, 2002)

On évoluera ainsi entre, d’une part une conception déterministe des actions de l’individu, un structuralisme pour qui les comportements des sujets sont déterminés par les institutions (société, famille, groupe social…) auxquelles ils sont confrontés. Courant de pensée dans lequel s’inscrivent des auteurs comme Bourdieu ou Pociello pour le domaine sportif. Et d’autre part un postulat individualiste, position défendue par Boudon, considérant tout homme comme décideur rationnel, libre de toute contrainte extérieure dans les choix qu’il effectue.

Dans ce paradigme systémique les comportements des individus apparaissent alors à la fois comme le fruit de décisions personnelles (prise en compte par l’individu des coûts et des bénéfices de l’action, sens qu’il attribue à ses actes, correspondance avec ses croyances, son expérience…) mais également comme la conséquence de leur appartenance à un certain milieu. « Les individus, acteurs possèdent une marge de liberté dans des conditions institutionnelles données » (Corneloup, 2002)

On tente de considérer l’homme dans sa totalité, à savoir, un être biologique, capable de décisions individuelles (activité psychologique) en interaction perpétuelle avec son environnement.

Cette approche se veut à la fois pragmatique et objective en s’intéressant à la manière dont se construit l’action, prenant en compte ses aspects humains et situationnels mais aussi l’existence de forces sociales pesant sur l’individu. Les pratiques sportives apparaissent alors comme le fruit d’un engagement personnel, mais également le moyen de répondre à certains besoins caractéristiques de l’être humain.

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