III)
Le Monde de l’ultra
endurance
L’Ultra Endurance se définit traditionnellement comme l’ensemble des épreuves plus longues que les plus longues épreuves standards pour chaque sport : supérieure à l’Iron man en triathlon, au marathon en course à pied…
L’ultra n’est pas simplement basé sur le critère de la distance, certains événements bénéficient de cette appellation à cause du milieu dans lequel ils se déroulent, des conditions météo ou d’autres facteurs augmentant les difficultés. Des randonnées multi-sports ou des raids se déroulant sur plusieurs jours rentrent ainsi dans le monde de l’ultra. (www.angelfire.com)
De nombreuses disciplines présentent aujourd’hui une pratique relevant de l’ultra : le cyclisme, la course à pied, le triathlon, la voile.
L’ultra endurance regroupe ces diverses manifestations dans 6 catégories : multi sport ultra ; course à pied ultra ; cyclisme ultra ; natation ultra ; course d’aventure et autres sports. (voir annexe 2 : les épreuves d’ultra endurance à travers le monde)
2) Du triathlon à l’ultra triathlon
Après le premier triathlon d’Hawaï (voir annexe 1 : l’histoire du triathlon) , une montagne venait d’être franchie, l’impensable avait été réalisé, alors, dans une recherche constante de faire toujours mieux, deux perspectives s’offraient aux triathlètes.
- Aller plus vite sur la même distance, et la course au record sur iron man était lancée, on descendra ainsi sous les 8 heures en 1997 à Rotterdam.
- réaliser une distance plus longue, et le premier double iron man est organisé à Huntsville aux Etats-Unis en 1985, le premier triple à lieu en France, en 1988, au Fontanil sous le nom de « défi mondial de l’endurance ».
Les limites ne sont plus alors d’ordre réglementaire, mais plutôt d’ordre physiologique, la notion de sommeil rentrant en compte, elle contribue à séparer le double et le triple que l’on peut réaliser sans dormir, des distances supérieures allant du quadruple au double déca (20 iron man).
3) Une organisation
progressive
Si d’années en années, des épreuves voient le jour dans différents pays et les participants sont de plus en plus nombreux, ce n’est qu’en 1996 qu’est créée l’IUTA :
Internationale Ultra Triathlon Association afin de coordonner, réglementer les diverses manifestations se réclamant de l’ultra triathlon. Ils édictèrent des règles relatives à l’organisation et au déroulement des épreuves, mirent au point des systèmes de classification, établirent un calendrier officiel des compétitions.
Cette institutionnalisation, regroupant en une même structure, les différents protagonistes du monde de l’ultra, répond à une nécessité de normaliser les différentes pratiques, de donner un cadre identique aux différentes courses existantes à travers le monde, notamment en ce qui concerne les distances proposées. Elle seule peut en effet garantir le développement de la discipline, elle apparaît comme un point de passage obligé vers une certaine universalisation.
A)
Une définition de l’ultra triathlon
« Un ultra triathlon est une épreuve sportive d’endurance dans laquelle l’athlète effectue successivement chacun des trois sports : natation, cyclisme et course à pied, les distances étant des multiples de l’iron man. »
Les triathlètes doivent : être âgés d’au moins 21 ans (âge de la majorité aux Etats-Unis), présenter un certificat médical de non contre indication à la pratique et s’acquitter des droits d’inscription
L’IUTA a fixé un ensemble de règles visibles sur leur site internet, concernant l’équipement des athlètes, le déroulement des différentes disciplines, les droits de chaque concurrent, les temps limites de chaque épreuve. (source : www.iuta.com).
Les triathlètes déplorent cependant le manque d’investissement réel de l’IUTA, pour Albert, c’est juste « associatif », ils « n’organisent rien et ne font que centraliser les résultats des différentes compétitions à travers le monde » (U1/104)
Celui-ci est donc établi en début d’année, il regroupe pour 2004 :
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- Equateur : 24/25 avril ; double ultra triathlon d’Ibarra - Allemagne ; 30/31 mai ; double ultra triathlon d’Ottobrun - Autriche ; 11/13 juin ; double ultra triathlon de Neulegenbach |
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- Canada ; 10/11 juillet ; double ultra triathlon de Lévis - Allemagne ; 24/26 juillet ; triple ultra triathlon de Lensahn (championnat du monde) - Lituanie ; 27/28 août ; double ultra triathlon de Panevézys (championnat du monde) |
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- USA ; 8/10 octobre ; triple ultra triathlon de Virginie - Mexique ; 7/12 novembre ; quintuple ultra triathlon de Monterrey
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4) Un exemple d’ ultra triathlon : le « défi mondial
de l’endurance »
Lancée en 1988 par des passionnés, à la tête desquels Jean-Yves Poirier, maire du Fontanil, une petite commune près de Grenoble, cette épreuve n’existe plus depuis 2001. Si la première édition a vu quelques 10 illuminés s’élancer, ils seront une quarantaine à partir pour le triple en 2001.

Il s’agit de
boucler
Si ces distances
évoquées sur la brochure publicitaire laissent rêveur, le cadre est nettement
moins pittoresque, en effet, la natation se déroule en piscine dans un bassin
de 25m, le vélo est composé de 47 boucles de
Le montant de l’inscription est de 1600frs
B)
Les difficultés d’organisation
On doit la majorité des compétitions à des passionnés qui s’investissent réellement dans la conception et l’organisation de ces évènements. C’est ainsi qu’un équatorien, mordu de sport d’endurance décida de faire une course dans son pays, il en est de même pour le Mexique, où une accroc du triple effort tenta d’y instaurer une compétition qui est maintenant devenue une référence. Mais la préparation de ces évènements constitue des entreprises colossales : « des semaines à préparer, à penser à tout, la sécurité, les ravitaillements, les bénévoles, les autorisations et tout… » (U1/142), et s’il n’y a pas quelques personnes investies totalement dans ce challenge, cela n’est pas réalisable. Ainsi, en France, le maire du Fontanil, créateur de l’épreuve se confrontant à de plus en plus de problèmes pour l’organiser, et voyant que personne ne voulait lui succéder ne put reconduire la course en 2002, au plus grand regret de tous les ultra triathlètes français (U1/30) « ça n’existe plus malheureusement » qui appréciaient de pouvoir courir chez eux, devant leur amis. Tous reconnaissent en effet qu’il est dommage qu’aucune compétition n’ait lieu en France, alors que c’est un des pays qui possède le plus d’athlètes. Une épreuve favoriserait la pratique comme le souligne Boris « tout simplement c’était l’ultra qui était en France et il n’y en a plus, un peu dommage…effectivement, si le Fontanil existait encore, je pense que j’y irais encore » (U2/18) pour qui l’éloignement des compétitions et le coût qui en résulte (U4/22) constituent l’obstacle majeur à sa participation, et permettrait également de faire connaître la discipline du grand public.
C)
Le manque de reconnaissance
Bien que certaines courses aient déjà été organisées en France (à Colmar
et au Fontanil) et que les ultra triathlètes soient pour la plupart licenciés
dans un club de triathlon, la participation aux épreuves d’ultra triathlon ne
nécessite pas l’affiliation à la fédération française de triathlon. En effet,
Ce manque de considération et d’intérêt des instances dirigeantes pour l’activité apparaît pour les ultra triathlètes comme un frein majeur à l’évolution de la pratique (U1/106) et tous déplorent l’attitude de la fédération.
David évoque avec regret ce manque de considération et cette marginalité :« c’est dommage qu’il n’y en ait pas plus, qu’il n’y en ait pas en France, que ça ne soit pas reconnu par le fédé, un minimum, je ne sais pas, il y a des français champions du monde quoi et on n’en parle presque pas, je ne dis pas qu’on a un super niveau, qu’on est des vedettes, mais bon qu’on nous reconnaissent un peu, qu’on en parle un peu plus, c’est dommage, ça amènerait plus de pratiquants, il y a plein de gens qui ne connaissent pas » (U4/93), Albert se montre quant à lui plus atterré par cette situation « je ne trouve pas ça dommage, je trouve ça lamentable, lamentable… » (U1/105).
Cette incohérence est la conséquence d’une politique institutionnelle davantage orientée vers le sport business (obligation médiatique, marketing spectacularisation…) l’amenant à privilégier les courtes distances. Mais Claude souligne que cette aberration est aussi le résultat de querelles individuelles et d’enjeux de pouvoir au sein des instances dirigeantes « c’est une question de personne, tu enlèves certaines personnes et je crois que c’est bon, mai, c’est la vie » (U3/26). Pourtant, la totalité des athlètes interrogés pense que tous les partis sortiraient gagnants d’une meilleure entente et d’une coopération accrue, dont le sport serait le premier bénéficiaire.
5) Pourquoi l’Ultra-triathlon ?
- le hasard, en effet, c’est un peu par hasard, comme je l’évoque en introduction, que j’ai appris l’existence de ce genre d’épreuves.
- ensuite bien sûr par curiosité personnelle, par admiration pour ces athlètes hors du commun qui accomplissent des exploits insensés. Pratiquant moi-même le triathlon, j’avais du mal à imaginer les raisons conduisant à une telle démesure, les explications que l’on pouvait attribuer à cette folie, il me paraissait intéressant d’essayer de mieux comprendre ces hommes et ces femmes relevant des défis inimaginables.
- j’aurais pu mener l’étude sur des marathoniens, dont le développement de la pratique peut être rapproché de l’ultra, ou sur des athlètes ayant réalisé simplement des iron-man, cela aurait été beaucoup plus facile notamment pour ce qui est de trouver des sujets. En effet, tout club de triathlon possède dans ses adhérents un ou plusieurs individus ayant bouclé au moins une fois l’épreuve mythique que constitue l’iron man pour les triathlètes.
Mais, cette distance légendaire n’est plus aussi inabordable que dans les années 80, elle s’est « démocratisée », et n’a pas de commune mesure avec les ultras triathlons. Si l’on compte quelques fois près d’un millier de concurrents au départ de certains iron man, ils sont tout au plus une quarantaine à s’élancer lors des ultras. Ces épreuves restent donc à part et confrontent l’individu à ses limites ultimes de résistance tant physiques que psychologiques
- afin de découvrir un milieu aussi restreint que passionnant qu’est celui de l’ultra, de pénétrer dans un monde délaissé, peu connu et peu reconnu des instances comme du grand public mais tellement accueillant et fascinant.